Les femmes sont-elles moins sensibles à la douleur que les hommes ?
Les femmes sont-elles moins sensibles à la douleur que les hommes ?
Date de publication : 25.03.2026
Par Emilie Paulin Nicodème, co-directrice médicale
La question peut faire sourire, mais elle met en lumière un enjeu important pour la médecine. Le 8 mars s’est déroulée la Journée internationale des droits des femmes et c’est aussi l’occasion de rappeler que femmes et hommes ne vivent pas toujours la maladie de la même manière. Pendant longtemps, la médecine s’est construite autour d’un patient « standard » masculin. La recherche montre pourtant aujourd’hui que les différences biologiques et sociales influencent les maladies, les symptômes et parfois même les traitements.
Il est utile de distinguer deux notions. Le sexe correspond aux différences biologiques entre femmes et hommes, liées notamment aux hormones, aux chromosomes ou à la physiologie. Le genre, lui, renvoie aux rôles sociaux et aux comportements qui influencent les modes de vie, l’exposition aux risques ou encore le recours aux soins.
Certaines différences sont bien connues. Les maladies auto-immunes touchent beaucoup plus souvent les femmes. La maladie d’Alzheimer également, en partie pour des raisons biologiques mais aussi parce que les femmes vivent plus longtemps.
Les outils diagnostiques peuvent aussi jouer un rôle. Le diagnostic d’infarctus repose notamment sur la mesure de la troponine, une protéine libérée lors d’une souffrance du muscle cardiaque. Or, les valeurs normales diffèrent selon le sexe. L’utilisation d’un seuil unique a longtemps conduit à sous-diagnostiquer certains infarctus chez les femmes et à retarder leur prise en charge.
Le genre intervient également dans la santé. Lors des épidémies d’Ebola, par exemple, les femmes ont été davantage exposées au virus non pas pour des raisons biologiques mais parce qu’elles assument plus fréquemment les soins aux proches malades. Les rôles sociaux peuvent ainsi influencer directement l’exposition aux risques et la propagation d’une maladie.
Ces constats ont conduit à faire évoluer la recherche clinique afin d’améliorer la pratique médicale. Pendant longtemps, de nombreuses études ont été menées principalement chez des participants masculins. Aujourd’hui, en Europe comme en Suisse, les essais cliniques sont encouragés à inclure davantage de femmes ainsi que de personnes de genres divers. En Suisse, les recommandations portées par swissethics, l’organisation faîtière des commissions d’éthique de la recherche, encouragent également à intégrer ces dimensions dans la conception et l’analyse des études cliniques.
Au RHNe, ces questions font également écho à la vie de notre institution. Les conférences « Femmes-phares » ont mis en lumière les parcours et les contributions de nombreuses collaboratrices. L’obtention du label Fair-on-Pay, qui certifie l’égalité salariale entre femmes et hommes, témoigne aussi de l’attention portée à l’équité au sein de l’hôpital. Dans un établissement où les femmes représentent une grande partie du personnel, ces initiatives rappellent que les enjeux liés au sexe et au genre concernent à la fois la recherche, la pratique clinique et le fonctionnement des institutions de santé.
Revenons à la question de la douleur. En réalité, les études montrent que les femmes présentent en moyenne un seuil de sensibilité à la douleur plus bas. Pourtant, plusieurs travaux suggèrent qu’elles reçoivent parfois moins d’antalgiques et davantage d’anxiolytiques. Ces observations soulignent que la perception et la prise en charge de la douleur peuvent encore être influencées par certaines représentations.
Prendre en compte le sexe et le genre ne signifie pas opposer femmes et hommes. Il s’agit plutôt de reconnaître que la médecine doit s’adapter à la diversité des patient-e-s afin d’offrir des soins plus précis et plus équitables. Cette approche fait désormais partie des standards attendus en Europe, en Suisse et également dans nos institutions. Une médecine attentive à ces différences est avant tout une médecine qui cherche à mieux comprendre pour mieux soigner.
Pour aller plus loin : lire l’interview de la Pre Dre Carole Clair: «Pour en finir avec les discriminations de genre en médecine» publiée dans le RHNe Mag.
| Pour en savoir plus Shah et al., BMJ 2015 : troponine haute sensibilité avec seuils sexospécifiques et impact sur le diagnostic et le pronostic. Guzikevits et al., PNAS 2024 : biais de prise en charge de la douleur aux urgences (données US et Israël). Peckham et al., Nature Communications 2020 : méta-analyse mondiale, sexe masculin et sur-risque de soins intensifs et décès COVID-19. Daitch et al., Trials 2022 : méta-analyse sur la sous-représentation des femmes dans les essais randomisés récents (41% au total, 22% en cardiopathie ischémique). swissethics 2024 : recommandations « sex and gender in human research » (définitions, attentes, bonnes pratiques). REA Commission européenne : définition sexe/genre et obligation d’intégrer la dimension de genre dans Horizon Europe (cadre recherche). |