Le consentement, mode d’emploi joyeux

Date de publication : 26.02.2026


 

Par Muriel Desaulles, directrice du site de Pourtalès

La méthode du consentement, née dans les années 70 et issue notamment de la sociocratie, est une petite révolution tranquille dans l’art de décider ensemble. Elle est utilisée par les partenaires sociaux dans la négociation en cours de la CCT Santé 21, où elle permet des débats constructifs, dans un climat ouvert et respectueux de l’avis de l’autre. Son principe est simple (et presque magique) : une décision est adoptée non pas quand tout le monde l’adore, mais quand plus personne n’a d’objection raisonnable et argumentée. On ne cherche pas l’enthousiasme délirant, on cherche l’absence de veto fondé. Nuance… et soulagement collectif !

Au travail, c’est un outil redoutablement efficace. D’abord, il fait gagner du temps. Oui, vraiment. Au lieu de refaire le match pendant trois semaines ou d’attendre que tout le monde soit « totalement aligné-e », on écoute les objections, on améliore la proposition, puis on avance. Les réunions deviennent plus dynamiques : chacun-e sait qu’il/elle a la responsabilité d’exprimer ses réserves… et aussi celle de ne pas bloquer pour le plaisir. L’objection doit être argumentée, au service du collectif. Exit le « je ne le sens pas » mystérieux et paralysant ; bonjour le « voici le risque que j’identifie et comment on pourrait l’atténuer ».
Autre avantage majeur : l’engagement. Une décision prise par consentement n’est pas imposée par le haut ni arrachée à 51%. Elle est coconstruite. La méthode valorise l’intelligence collective et développe une culture de confiance. On apprend à distinguer préférence personnelle et objection pertinente. Ce n’est pas « est-ce que j’adore ? », mais « est-ce que cela met en danger le projet ? ». Subtil… et puissant.

Et à la maison, alors ? Surprise : ça marche aussi. Imaginez un conseil de famille où l’on décide des vacances. Plutôt que de voter (et de condamner la moitié de la tribu à bouder sur la plage), on propose une destination et on demande : « Y a-t-il une objection sérieuse ? ». L’un-e craint le budget, l’autre la canicule. Parfait ! On ajuste : période plus douce, hébergement plus simple. La décision finale n’est peut-être pas le rêve absolu de chacun-e, mais elle convient à tous. Et personne ne sabote le séjour en proclamant, au troisième jour : « De toute façon, je l’avais dit… »

Au fond, le consentement, c’est l’art d’avancer ensemble sans attendre l’unanimité céleste. Moins gesticulatoire qu’un grand vote, mais infiniment plus constructif. Et franchement, si cela peut éviter une réunion interminable… ou une guerre froide familiale, pourquoi s’en priver ?