« On a eu de la chance dans cette malchance »
« On a eu de la chance dans cette malchance »
Date de publication : 26.08.2026
Urgentistes au RHNe, Liv et Eric Heymann ont vécu le tremblement de terre qui a touché la Colombie.
« C’est un sentiment très particulier de sentir le sol bouger avec une telle ampleur !» Eric Heymann est encore impressionné quand il raconte le tremblement de terre de magnitude 7,4 qui a touché la Colombie le 10 août à 7h34 du matin. La secousse a duré près de quatre minutes. « C’était interminable », précise le médecin urgentiste, qui séjourne dans le pays d’Amérique latine avec son épouse Liv, également urgentiste.
Au moment du tremblement de terre, les Heymann se trouvaient à environ 60 km de l’épicentre, dans une zone rurale. « On a eu de la chance dans cette malchance, estime l’urgentiste, formé en médecine de catastrophe. Si nous avions été en milieu urbain, la situation aurait pu être dramatique. La première ville à proximité, Pereira, a par exemple été fortement touchée, avec de nombreux bâtiments effondrés et un nombre important de victimes. »
Dans les premières heures qui ont suivi le séisme, les deux médecins ont sillonné à moto la zone dans laquelle ils se trouvaient. « Comme il s’agissait de villages isolés, il n’y a eu aucune réponse sanitaire au départ, hormis la nôtre, précise le médecin. Nous ne disposions d’aucune ressource sur place, si ce n’est la trousse de secours bien fournie que nous avions dans notre camion. »
Les deux médecins ont organisé des groupes pour visiter toutes les habitations endommagées et ont extrait quelques personnes encore coincées au milieu des décombres. « Nous avons aussi désigné un responsable par village chargé de couper les arrivées de gaz, d’électricité et d’eau. »
Le lendemain du séisme, le couple a passé la journée à Pereira, une ville qui compte un million d’habitants en incluant sa ceinture urbaine. « Nous avons déblayé les décombres à la recherche d’éventuels survivants. À défaut d’avoir pu être utiles en tant que médecins, nous avons prêté nos bras. »
En parallèle, les Heymann ont échangé avec les étrangers présents sur place – principalement des Européens, Brésiliens, Argentins et Nord-Américains – pour leur rappeler l’importance de rester loin des bâtiments, en réduisant au maximum les déplacements afin de ne pas gêner l’organisation des secours. Ils ont également ouvert une ligne WhatsApp pour que les voyageurs puissent les contacter en cas de blessure et éviter ainsi de surcharger les hôpitaux.
Avec un peu de recul, Eric Heymann relève la grande humanité des Colombiens confrontés à cette catastrophe. Il souligne également l’importance capitale de l’organisation des systèmes de santé et de secours face à ce type d’événement. Le couple, qui a décidé de rester en Colombie « le temps qu’il faudra », rentrera en Suisse en 2027 pour retrouver le département des urgences du RHNe. Avec une sacrée expérience dans leurs bagages.